par Jeannot GAUGGEL
Directeur de Vilodec, association de jeunesse de France
Pour Christ
"Ah si Banjo pouvait parler!" disait Christophe avec lequel
je discutais de la façon de trouver du temps pour être
seul avec Dieu.
Banjo, c'est le nom de mon chien. Depuis 6 ans il est mon accompagnateur
plusieurs fois par semaine lorsque je "sors pour prier". Il
est témoin des moments où je répands mon coeur
dans la présence de mon père céleste. Il entend
mes supplications, ma reconnaissance et mes silences. Il voit mes mimiques,
mes gestes, et mes temps d'arrêt dans la marche lorsqu'il n'est
pas en train de renifler quelque buisson.
Sortir pour prier est devenu au fil des années une bonne habitude
qui s'inscrit dans la mise en pratique du conseil de Paul : "exerce-toi
à la piété". Un jour c'est tôt le matin,
avant le travail, souvent c'est le soir entre 21h et 22h après
une journée chargée, quand je n'ai pas de réunion....
J'ai le privilège en ce moment d'habiter à 5 minutes des
vergers et des champs. Ces moments de marche, seul avec Dieu, sont pour
moi une facette essentielle du "culte personnel". La partie
publique de l'iceberg de ma vie trouve dans ces moments secrets et "immergés",
les courants qui la portent et l'orientent.
Souvent je dois commencer par m'humilier devant le trône de la
grâce, avouer au Seigneur mes désobéissances, le
remercier pour son pardon. Et puis un peu plus tard entre deux champs
de maïs, je lui apporte ma famille, lui présente mes craintes
pour mes prochaines interventions, visites, études bibliques
... Je lui demande de m'inspirer pour mes prédications ou les
visites personnelles. "Que veux-tu Seigneur, que dirais-tu dans
telle ou telle situation? Qu'est-ce qui est prioritaire dans mon emploi
du temps? Comment toucher le coeur de ces amis perdus qui ne se doutent
pas que le jugement les attend?"
Sur les ballots de paille au milieu d'un pré situé dans
une cuvette naturelle où je n'aperçois aucune autre lumière
que celle de la voûte céleste je m'arrête pour intercéder
pour les membres de l'église, pour mes collaborateurs missionnaires,
les prochains camps et les autres fardeaux dont je suis informé
et que Dieu met à coeur. Ils me semblent parfois tellement lourds.
Mais quand je médite face à un ciel étoilé,
sur la puissance du créateur, sur la souveraineté du Dieu
des cieux, la dimension des situations insurmontables change. "Non,
la main de l'Eternel n'est pas trop courte pour sauver... ne crains
pas, crois seulement ...".
Banjo revient, il a inspecté les lieux, il veut continuer. Je
termine ma ballade circulaire. Mes chaussures sont sales, mais mon coeur
est purifié par le sang de Christ. Mes jambes sont plus lourdes,
mais mes épaules sont soulagées. La nuit est tombée
mais ma vision peut-être plus clairvoyante.
Quand je sors de jour, j'emmène encore deux choses, une portion
de la Bible pour entrecouper mes prières de lecture, et un carnet
pour noter les initiatives à prendre car la prière et
la méditation de l'Ecriture poussent à l'action.
J'ai pris cette habitude parce que durant mon adolescence j'avais découvert
en lisant la Bible que Jésus aimait s'isoler en pleine nature,
parfois tôt le matin, parfois la nuit, pour être seul avec
son Père. Il enseigna aussi qu'il était important de fermer
la porte de sa chambre lorsque l'on prie, pour être devant le
Père qui voit dans le secret. Quand je ne peux pas "sortir",
je "rentre et ferme la porte".
Au cours des années se sont gravés dans ma mémoire
au fil des déménagements, des lieux précis auxquels
se rattachent des luttes et des exaucements dans la prière. Un
espace vert à Saverne (petite ville d’Alsace), une piaule
d'étudiant à Strasbourg, un mirador en forêt mosellane,
un bout de sentier côtier en Bretagne, un bureau dans lequel je
rédige ces quelques mots.
Que ce soit dehors, dans le secret, ou dans la chambre, je souhaite
être un serviteur qui comme Elie se "tient" devant son
maître dans la prière et l'écoute de sa parole.
Essentiel, ce dernier terme!! Assis sur la selle prolongée de
ma mobylette près d'un bois en train de lire et relire l'évangile
de Jean, j'avais été frappé à 17 ans par
le fait que l'exaucement de nos prières était conditionné
par le fait que Ses paroles demeurent en nous, imbibent, filtrent nos
pensées, nos actes...
Depuis j'essaie de persévérer dans la lecture cursive
de la Bible et dans l'étude quotidienne de passages précis
en m'aidant d'un système de couleurs, correspondant à
une grille de lecture, et de bons commentaires qui m'empêchent
de rester dans mes propres ornières de pensée. Sa parole
est vraiment devenue ma conseillère pour ma vie personnelle,
familiale et pour mon ministère d'évangéliste,
même si parfois je refuse d'écouter de suite. Elle est
réellement une source de joie profonde. Quelle joie de trouver
la réponse à une question qui m'embêtait, de découvrir
les principes qui me permettent d'orienter mon action de père,
de frère, d'évangéliste, de directeur de CVL ...
Si je veux être disciple de Jésus-Christ et le rester,
il me faut demeurer dans sa parole, y plonger mes racines, la laisser
tamiser ma pensée et mon action sans complaisance aucune. Il
n'y a pas de raccourci car c'est par sa parole qu'Il nous sanctifie.
La prendre pour appui m'a permis de tenir, par la grâce de Dieu,
jusqu'à aujourd'hui face aux tempêtes de la vie, face à
l'opposition que suscite le désir de dire avec le psalmiste "ma
part, c'est garder ta parole".
Que Dieu m'accorde de pouvoir encore longtemps "sortir et prier"
et me tenir à l'écoute de sa parole. C'est important pour
Banjo ! Entre autres !
Jeannot GAUGGEL
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